
L’Association pour la Promotion de l’Environnement et des Consommateurs (APEC) estime que lorsque l’euro est en baisse, l’acheteur devrait pouvoir en profiter. Son nouveau président, Suttyadeo Tengur, est d’avis que la task force mise sur pied dans le cadre du plan de restructuration doit travailler dans cette direction.
E.Julien
Vous dirigez depuis peu l’Association pour la Protection de l’Environnement et de Consommateurs. Qu’est-ce qui explique ce choix ?
C’est une organisation qui existe depuis longtemps. Elle a été mise sur pied par un enseignant, Jacques Augustin. Quand il a pris sa retraite, il me l’a confiée pour défendre les consommateurs et l’environnement.
Comment avez-vous accueilli l’Economic Restructuring and Competitiveness Programme(ERCP) notamment au niveau de la création d’un observatoire des prix ?
Depuis un certain temps avec la fluctuation de devises, le consommateur n’était pas gagnant quand les prix étaient revus à la baisse. Ils étaient fort temps que le gouvernement revoie cette situation. Nous accueillons favorablement la mise sur pied d’une Task Force pour étudier toute cette question. Il reste à définir les « Terms of Reference » et le gouvernement compte venir de l’avant avec un rapport en octobre prochain. Il faut qu’il se donne les moyens de mener ce projet à bon port. Il est important que la Task Force soit constituée des techniciens de la haute finance, des devises et du domaine légal afin de faire un travail constructif.
Aujourd’hui, la zone euro est en crise avec l’économie en faillite dans les pays comme la Grèce, car on ne peut dévaluer la monnaie unique. Les Européens ont privilégié un euro fort. Cela a eu des graves répercussions pour notre secteur sucrier et notre industrie du textile également. Mais à l’inverse, quand l’euro est en baisse, il faut un certain équilibre pour permettre à l’acheteur de profiter. C’est à la Task Force de travailler dans cette direction.
Vous vous êtes également exprimé en faveur des mesures annoncées par Pravind Jugnauth à l’intention des petits planteurs…
Pendant trop longtemps, il y a eu beaucoup de tapages quand il y a eu des « write-off » des prêts des petits planteurs à la Banque de Développement. Cela démontre un certain mépris vis-à-vis des planteurs. Or il y a eu la chute des prix garantis, ce qui a provoqué un manque de main d’œuvre professionnelle. Les planteurs sont dans une situation pénible. Il y a un plan de relance et certains ‘incentives’. Je dis oui aux « write off ». A condition qu’il y ait de la transparence dans l’exercice.
Quel regard portez-vous sur le ministère de la Protection des Consommateurs?
Après les 100 jours du nouveau gouvernement, ce ministère n’a pas décollé. Il n’y a pas un plan d’action en faveur des consommateurs. Les grandes surfaces continuent de faire la pluie et le beau temps. La qualité n’y est pas. Encore moins les normes. Vous avez un prix sur les étagères et un autre une fois que vous passez à la caisse. Il y a eu une action sporadique chez les boulangers mais cela ne suffit pas.
Quel devrait être les priorités d’un tel ministère?
C’est un ministère très important. Il concerne également 350 000 coopératives. Donc, il a un poids aussi important que le ministère des Finances ou celui de l’Agro-Industrie par exemple. Il faut que le ministre prenne conscience de cela. Il doit être proactif et clairvoyant.
Pensez-vous que la situation de la State Trading Corporation va s’améliorer avec l’arrivée de Megh Pillay ?
La STC est l’arme du gouvernement pour apporter un équilibre au commerce. Les organismes tels que la Banque Mondiale ou encore le Fonds Monétaires Internationale veut son démantèlement pour faire place au secteur privé. Or, la STC a été politisée. Il faut la revoir dans le contexte de la transparence et de l’accountability qu’on demande au 21e siècle. Par exemple, l’ex-directeur a dit qu’il avait cherché à acheter des devises sur le marché. Or cela a fait un tort immense au pays. Jusqu’ici au lieu d’alléger le fardeau des consommateurs, la STC a été un poids lourd pour la population. Le nouveau directeur doit avoir une vision bien claire et définie du pays afin de remettre la STC sur les rails.
Etes vous partant pour que l’Automatic Pricing Mechanism se réunisse chaque trois mois ?
C’est sous la pression de l’ex-ministre Sithanen que les réunions de l’APM ont été ramenées sur une base mensuelle. Or l’idéal dans tous les pays du monde, c’est d’avoir la fixation des prix des carburants chaque trois mois. Cela permettra aux consommateurs de s’adapter.
Que pensez-vous du grand débat autour de l’éradication de la pauvreté ?
Il y a trop beaucoup de palabres autour de tout cela. Le problème de tous ces ONGs engagées dans la lutte contre la pauvreté c’est qu’elles ont des frais d’opération qui bouffent 70% de leurs revenus ou donations. Seuls 30% va réellement aux pauvres. On utilise beaucoup d’argent pour nourrir les éléphants blancs.
Beaucoup décrient les profits abusifs des banques commerciales en raison de l’écart entre le taux d’intérêts à l’épargne et à l’emprunt ?
C’est le grand débat. En Inde et plusieurs autres pays, on a baissé le taux d’intérêt afin de favoriser la croissance et la création d’emploi. Ici, on demande à la Banque de Maurice de baisser le Repo Rate pour stimule l’économie et la relance. Mais rien n’est fait.
Il y a une demande pour baisser le prix de l’Internet et des télécommunications en générale. Serait-ce une bonne chose?
Déjà les banques engrangent des millions de roupies de profits avec le rechargement des crédits pour les portables. A Maurice, notre frais de télécommunications sont trois fois plus élevés que ceux de l’Inde ou encore de certains pays d’Afrique. Il y même un opérateur qui arrive actuellement à faire des prix moins chers sur une heure donnée. L’Information and Communication Technology Authority est responsable de cette situation. Il y a une sur-utilisation des TIC à Maurice mais les prix ne baissent pas. Il faut revoir cette situation. Cette situation est du à la présence de France Telecom à Maurice.
Qu’est-ce qui explique que les consommateurs ne connaissent pas vraiment leurs droits ?
C’est vrai qu’il y a une méconnaissance à ce niveau. C’est pourquoi l’APEC a créé un website pour informer la population sur les lois les concernant. Il est dommage que les autres associations de consommateurs ne l’aient pas fait jusqu’ici. Il n’y a pas eu un travail scientifique et un projet pédagogique. Notre site est toujours en préparation mais nous avons déjà eu plus d’un millier de visiteurs. Il est accessible à l’adresse : www.apec.mu.
HOMME DE CONVICTION
Souvent mal compris, Suttyadeo Tengur est un homme de conviction et de principe. Son premier combat au Privy Council, il l’a gagné après que la Cour Suprême eut décrétée anti-constitutionnelle l’enseignement des langues orientales. Ensuite, il devait obtenir un jugement favorable des Law Lords au sujet des places réservées dans les collèges confessionnelles sur la base de l’appartenance religieuse. Pourtant Tengur affirme ne pas pratiquer pas le sectarisme. Il reste « guidé par la loi et uniquement la loi »,soutient-il.