La décision unanime du Comité de politique monétaire de maintenir le taux directeur à 4,75 % relève davantage d’une orthodoxie économique de manuel que d’une lecture sociale de la réalité mauricienne. Sous couvert de « prudence », la Banque de Maurice prolonge une politique coûteuse pour les ménages endettés, les PME et, finalement, la croissance.
Le diagnostic même de la Banque révèle cette contradiction. La croissance économique prévue pour 2026 a été ramenée à seulement 2,8 %, contre une estimation antérieure de 3,3 % à 3,5 %. La consommation intérieure ralentit, tandis que les investissements demeurent fragiles. Malgré ces signaux, la politique monétaire maintient le pied sur le frein. La Banque de Maurice confirme elle-même ces projections.
L’endettement des ménages atteignait environ 39 % du PIB en juin 2025. La Banque avait également constaté une croissance du crédit aux ménages de 12 % en mars 2026, supérieure au rythme de croissance de l’économie. Elle reconnaît que les indicateurs du service de la dette demeurent au-dessus de leurs tendances historiques. Ce sont pourtant ces mêmes familles que l’on oblige à absorber des mensualités plus lourdes.
Chaque hausse de 0,25 point représente, en calcul annuel simple, jusqu’à Rs 2 500 supplémentaires par million de roupies emprunté, lorsque la hausse est intégralement répercutée. Pour un prêt de Rs 5 millions, l’impact peut atteindre environ Rs 12 500 par an, selon le solde et les conditions du contrat. Cette somme est retirée du budget consacré à l’alimentation, à l’électricité, à l’éducation et à la santé.
Une moyenne statistique ne montre ni les familles surendettées, ni les découverts permanents, ni les consommateurs obligés d’utiliser le crédit pour terminer le mois. Le fait que les prêts non performants restent contenus ne signifie pas que les ménages ne souffrent pas : cela signifie simplement qu’ils continuent à payer, souvent au prix de sacrifices considérables.
Les PME subissent simultanément le coût élevé du crédit, la baisse de la demande, la hausse de l’électricité, du transport, des intrants et des salaires. Maintenir le taux à 4,75 % augmente leurs charges financières et décourage l’investissement, le recrutement et la modernisation. Beaucoup ne sont pas encore officiellement insolvables : elles sont en train de fondre lentement, en réduisant leurs stocks, leurs emplois et leurs marges.
Cette politique risque ainsi de combattre l’inflation en appauvrissant la demande. Or l’inflation mauricienne est largement importée : énergie, fret, produits alimentaires, dépréciation de la roupie et tensions géopolitiques. Un taux directeur élevé ne fait ni baisser le pétrole mondial, ni rouvrir les routes maritimes. Il frappe surtout les emprunteurs locaux.
La stabilité des prix est indispensable, mais elle ne doit pas devenir une politique de stabilité bancaire financée par l’asphyxie des consommateurs. Le MPC aurait dû annoncer une trajectoire conditionnelle de détente monétaire, accompagnée de : prêts restructurés à taux préférentiels pour les ménages vulnérables et les PME viables ; moratoires ou rééchelonnements ciblés ; publication de l’impact des taux sur les mensualités et les faillites de PME ; Mécanismes obligeant les banques à transmettre plus équitablement les mouvements du taux directeur.
La prudence ne consiste pas seulement à craindre l’inflation future. Elle consiste aussi à empêcher l’effondrement présent du pouvoir d’achat, de l’investissement et de l’emploi. À 4,75 %, le taux directeur ne protège plus seulement la monnaie : il étouffe l’économie réelle.
Suttyhudeo Tengur
Président