Suttyhudeo Tengur, président de l’APEC : « La compétition est l’antidote de l’inflation »

 
Suttyhudeo Tengur, président de l’Association for the Protection of the Environment and Consumers (APEC), réclame une baisse des taxes sur les commodités de base. Il pointe également du doigt les importateurs et les grossistes qui, selon lui, sont en train d’écorcher vif les consommateurs.
> Selon vous, la baisse des prix annoncée par le ministre Soodhun n’est qu’une « farce » et un « tam-tam voulus » d’autant plus que selon une enquête mené par l’APEC indique que certaines grandes surfaces affichent des prix inférieurs à ceux annoncés…

En effet ! L’action du ministre Soodhun vise à leurrer le public. Dans le concret, les prix annoncés sont beaucoup plus supérieurs que ceux pratiqués par certains commerces. À titre d’exemple, les lentilles noires de la marque Orient coûtent Rs 24, selon le prix annoncé par le ministre, alors que chez certaines grandes surfaces, le prix affiché est Rs 21,50. Les importateurs ont berné le ministre pour diminuer leur stock car ces commodités sont de « slow movers ». Ils sont en effet écoulés lentement sur le marché. 

>  La population a-t-elle le sentiment qu’il y a eu baisse des prix après avoir subi une série d’augmentations depuis la présentation du Budget en novembre dernier?
La population ne perçoit aucune baisse des prix. La grande majorité des consommateurs est en train de souffrir. D’ailleurs, on s’attend à une inflation de 6 % cette année. 

 

>  Vous êtes d’avis que les importateurs et les grossistes font des marges de profits énormes…
En effet ! Les importateurs sont en train d’écorcher vif les consommateurs. À titre d’exemple, les importateurs achètent des lentilles blondes à Rs 16,99. Ils les revendent aux grossistes à Rs 22,71. Les détaillants s’en procurent à Rs 25. Autre exemple : les importateurs achètent du riz basmati de 5 kg à Rs 166,63 qu’ils revendent aux grossistes à Rs 295,45. Ce qui leur fait un profit de 77 %. Quant aux grossistes, ils revendent le riz à Rs 325 aux détaillants.

 

> Le débat s’attise entre le contrôle des prix et la libéralisation des prix. Vous tranchez pour lequel des deux et pourquoi ?

Le contrôle des prix est efficace que pendant un petit lapse de temps. Le consommateur finit toujours par casquer à la longue. C’est pourquoi je suis en faveur de la compétition. Nous devons produire davantage et encourager la venue d’autres acteurs dans le domaine de l’importation. Ce qui va favoriser plus de compétition sur le marché. Je suis convaincu que la compétition est l’antidote de l’inflation.

 

> Que recommandez-vous pour faire face à la flambée des prix ?
Le gouvernement a annoncé la mise en place d’un Observatoire des prix. De par son fonctionnement, il peut favoriser la compétition parmi les importateurs. Ce qui viendra alléger le fardeau des consommateurs. Si jamais le marché ne fonctionne pas, l’État peut intervenir par le biais de la State Trading Corporation, l’Agricultural Marketing Board et la Mauritius Meat Authority.

Ces organismes peuvent entrer sur le marché, importer des commodités pour stabiliser le marché. Il faut également revoir le Food Security Fund Strategic Plan 2008-2011. Maurice consomme 2200 tonnes de viande bovine par an et nous n’en consommons que 100 tonnes. Nous ne produisons que 6000 tonnes d’oignon par an alors que notre consommation est de 16 000 tonnes. Il faut s’assurer que nous atteignons nos objectifs.

 

>  Le gouvernement doublera l’Income Support accordé aux familles au bas de l’échelle. Il mettra également sur pied un conseil interministériel pour faire face à la flambée des prix. On sent que les autorités s’inquiètent de la situation, mais est-ce suffisant… 

Les pays arabes ont récemment augmenté les salaires des employés pour stabiliser l’inflation. De son côté, l’Inde n’exporte plus certains produits pour que la population ne soit pas pénalisé. À Maurice, il faut trouver des moyens pour alléger le fardeau des consommateurs. Il faut revoir à la baisse les taxes sur certaines commodités de base. Le gouvernement doit également revoir sa politique agricole et augmenter la capacité de stockage du pays.

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